Se fixer des objectifs pour avancer

vent-favorable

Cette pensée de Sénèque est chère au cœur des coachs !

Trop souvent, on a l’impression de subir sa vie, parce qu’on la vit sans se donner une direction, comme balloté-e par les flots parfois favorables, parfois contraires. Et alors, les autres se croient autorisés à vous fixer leurs propres objectifs. Que des parents le fassent pour leurs enfants qui manquent de discernement et d’expérience est normal (mais à mon avis, leur premier objectif éducatif devrait être de les amener à pouvoir prendre des décisions et à choisir leur direction aussi tôt que possible …). À l’âge adulte, il faut toutefois se défaire des objectifs que les autres nous ont fixés et se pencher sérieusement sur ce qu’on veut faire de SA vie !

Mais comment s’y prendre pour se fixer, au fil du temps, des objectifs qui permettent de se réaliser et d’être bien avec soi-même ?

Des objectifs intelligents

Le monde de l’entreprise utilise les objectifs SMART (un acronyme qui veut aussi dire « intelligent » en anglais), et c’est aussi un bon point de départ pour le coaching individuel qu’il soit professionnel ou privé. Qu’est-ce qu’un objectif SMART ?

Il s’agit d’un objectif :

Simple, Spécifique Précis, concret
Mesurable vous pouvez mesurer le résultat atteint
Atteignable (mais Ambitieux aussi) vous devez être capable de l’atteindre, en utilisant toutes vos ressources
Réaliste il doit s’ancrer dans la réalité dans laquelle vous évoluez (devenir dresseur de licornes n’est pas un objectif réaliste … par exemple)
Temporellement défini vous devez vous fixer un délai, un échéancier précis pour atteindre votre objectif.

Tout cela ne peut s’appliquer qu’à un objectif défini de manière positive : « Je veux … » et non « je ne veux plus … »

smart

Au-delà des objectifs SMART

En entreprise, c’est souvent amplement suffisant pour fixer un objectif. Mais lorsqu’on parle d’objectifs personnels, mieux vaut compléter l’objectif SMART par un regard sur l’écologie et l’alignement de la personne.

Un bon objectif personnel est un objectif qui respecte les valeurs de la personne, ce qui compte vraiment pour elle : il lui permet de rester alignée avec ses valeurs et ses besoins, ou de le devenir davantage. Si l’objectif que vous vous fixez, ou que l’on cherche à vous fixer, vous pousse à vous éloigner de ce en quoi vous croyez profondément, c’est un mauvais objectif, et il vaut mieux ne pas l’atteindre !

Ensuite, un bon objectif ne doit pas détruire votre équilibre et au contraire respecter votre environnement dans ce qu’il a de positif pour vous. Si votre famille est un facteur d’équilibre primordial pour vous, vous exiler loin d’elle au nom d’un objectif, aussi valorisant soit-il, doit être considéré très sérieusement ! Un bon objectif vous permet de préserver votre écologie.

LA question à vous poser :

« Qu’est-ce que j’ai à gagner dans l’atteinte de cet objectif ? Et qu’est-ce que j’ai à y perdre ? »

Un exemple simple : H. et l’arrêt de la cigarette

H. est un gros fumeur. Cela lui coûte de l’argent, c’est nocif pour sa santé et celle de son entourage, et il finit par penser que fumer est une preuve de faiblesse. Il ne veut pas continuer comme ça.

« Ne pas continuer comme ça », ce n’est pas un objectif … Non, il veut arrêter de fumer. Voilà une formulation positive qui a plus de chance de lui donner le courage nécessaire pour passer du côté des non-fumeurs. Il veut devenir un non-fumeur.

  • Peut-on transformer ce souhait en objectif SMART ?

Oui, c’est un objectif à la fois spécifique (simple et précis), mesurable (fumer 0 cigarettes pendant le temps nécessaire pour ne plus être tenté à la moindre occasion …), atteignable et réaliste (il a déjà réussi pendant quelques semaines, donc il sait qu’il peut y arriver en prenant en compte ses expériences antérieures), et défini dans le temps (1re étape : arrêt effectué dans un mois, puis vérification et consolidation dans 2 mois, 3 mois, 6 mois) .

  • Maintenant, cet objectif lui permet -il d’être aligné avec ses valeurs ?

Oui, cela correspond à plusieurs de ses valeurs : la liberté (il se sent prisonnier de la cigarette et veut s’en libérer), la santé (c’est évident : cesser de fumer est toujours bénéfique pour la santé et permet de retrouver un meilleur souffle pour faire du sport avec les enfants par exemple), la famille (qui pâtit de son addiction et lui demande d’arrêter régulièrement).

  • Est-ce écologique pour lui ?

Du côté de son cercle familial, sans aucun doute. Du côté amical, il a des amis fumeurs et non-fumeurs qui cohabitent très bien, cela ne devrait pas poser de problème. La seule difficulté se trouve du côté professionnel, car il a lié de nombreuses relations professionnelles lors des pauses cigarette. Peut-être est-il temps d’aller rencontrer d’autres groupes et de nouer d’autres relations autour de la machine à café par exemple ?

Un exemple un peu plus complexe : E. veut être « heu-reuse ! »

E. sait ce qu’elle veut. Elle veut être heu-reuse ! Voilà un objectif formulé de manière positive, n’est-ce pas ? Mais pas très SMART, malheureusement …

  • Spécifique ? pas vraiment … qui saurait dire ce qu’est précisément le bonheur ?
  • Mesurable ? Comment le mesure-t-on ? Si le droit à la poursuite du bonheur est un droit fondamental reconnu par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il n’y a guère que le Népal à chercher à mesurer le Bonheur National Brut. Et si c’est pertinent au niveau d’une nation, ça ne l’est pas forcément au niveau de l’individu.
  • Atteignable et Réaliste ? On le souhaite, oui. Encore faut-il savoir ce que l’on souhaite atteindre précisément.
  • Défini dans le Temps ? Pourquoi pas. Quand on aura précisé un peu cet objectif.

Le premier pas est de donner un visage à ce bonheur. Qu’est-ce qui manque aujourd’hui à E. pour être heureuse ? Du temps avec sa famille. En fait, elle passe son temps au travail, et rapporte même ses dossiers à la maison. Quasiment tous les week-ends.
– Pourquoi donc ?
– Parce que mon supérieur n’arrête pas de m’en donner … je n’ai jamais le temps de souffler avec lui.
– Pourquoi ?
– Parce que je travaille bien et qu’il sait qu’il peut compter sur moi.
– Oui ? Vous travaillez nettement mieux que vos collègues ?
– En tout cas, je travaille beaucoup plus !
– Et c’est ce qui vous empêche de passer du temps avec votre famille…
– Oui. En fait, il me donne du travail parce que j’accepte toujours de le faire. Untel ne ramène presque jamais de travail chez lui et réussit à se libérer plus tôt que moi le soir.
– Vous êtes plus lente ?
– Non, je fais plus de choses.
– Est-ce que ça vous semble normal ? Est-ce que vous êtes satisfaite de la situation ?
– Non ! en fait, le problème, c’est que je ne sais pas refuser. Si on me demande de faire quelque chose, je me débrouille pour le faire, même si je n’ai pas le temps pour ça.
– Alors, qu’est-ce que vous pourriez faire pour avoir plus de temps pour votre famille ?
– Dire non. Mais je ne sais pas dire non !
– Quel pourrait être votre objectif, alors ?
– Apprendre à dire non !

Est-ce que « je veux savoir dire non » est un objectif qui se tient ?

  • Est-il Spécifique ? Oui, assez. Et on peut le rendre encore plus spécifique : « je veux réussir à dire non à mon supérieur hiérarchique quand il dépasse mes limites ».
  • Est-il Mesurable ? On peut le rendre mesurable, en mesurant ses effets : « je ne rapporte plus de dossiers à la maison et je quitte le bureau à 18h » (par exemple)
  • Est-il Atteignable et Réaliste ? à moyen terme, oui. Il va falloir sans doute acquérir des ressources pour cela, mais si les collègues y arrivent sans dommage, c’est que c’est réalisable.
  • Peut-on définir dans le Temps un délai pour l’atteindre ? oui, à la charge de la personne qui se fixe cet objectif, avec la connaissance d’elle et de son environnement qu’elle a.
  • Correspond-il aux valeurs d’E. ? Oui, il correspond à sa valeur « respect » (d‘elle-même et des autres), à sa valeur « famille », et même à sa valeur « travail » (E. est épuisée et est moins performante depuis quelques temps … lever le pied ne peut que l’aider à redevenir plus efficace).
  • Respecte-t-il son écologie ? Bien sûr en ce qui concerne son entourage familial et amical (ses amis ne sont pas ses collègues de bureau). Professionnellement, affirmer ainsi ses limites personnelles risque d’être mal perçu dans un premier temps. Il va falloir prendre ce risque en compte. Mais à long terme, cela lui permet aussi d’apparaître comme une personne solide, qui sait qui elle est, et qui s’affirme. Ce qui est positif dans son milieu professionnel.

Voilà comment le « Je veux être heu-reuse » du départ est devenu « Je veux réussir à dire non à mon supérieur hiérarchique quand il dépasse mes limites ». C’est moins glamour. Mais c’est nettement plus efficace … Reste à apprendre à dire non pour y arriver, un pas après l’autre.

Et vous, quel est votre objectif ? Est-il SMART ? et préserve-t-il votre alignement et votre écologie ?

 

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