Le travail invisible, variable essentielle de l’équilibre personnel

Femmes au foyer, aidants familiaux, enseignants, mères de famille cumulant vie professionnelle et gestion du quotidien, cadres rapportant du travail à la maison … Le travail invisible concerne un très grand nombre de personnes, et n’a rien d’anodin, car son impact sur la qualité de vie est fort.

De quel travail parle-t-on ?

Le travail invisible est un travail réel, qui demande de l’énergie, du temps, un investissement personnel, et qui est nécessaire au bon fonctionnement de la maison, de l’entreprise familiale ou à la réalisation complète d’une mission professionnelle. Pour autant, il n’est pas ou mal reconnu comme tel par la société, et n’est pas rémunéré. Longtemps, les épouses d’artisan ou de commerçant qui travaillaient dans l’entreprise de leur conjoint, les femmes d’exploitant agricole ont fait un travail totalement invisible travail domestique invisibilequoique indispensable, et n’étaient pas reconnues par l’Etat, pour leur retraite par exemple. De ce côté, la situation évolue. On parle aussi de plus en plus de statut des aidants familiaux, déjà reconnus en partie par les MDPH (maisons départementales pour les personnes handicapées), la CAF, la Sécurité sociale… Mais pour l’instant, la complexité et le nombre de démarches à faire pour obtenir une reconnaissance de ce travail est telle qu’elle ne fait qu’ajouter du travail au travail !  En revanche, le travail domestique des mères, qu’elles soient au foyer ou qu’elles mènent une vie professionnelle hors du foyer, n’est pas du tout reconnu comme un réel travail. Quant aux enseignants, ils continuent d’affronter les remarques sur leurs horaires de travail, bien légers au regard d’un public non averti, alors que la réalité montre qu’ils travaillent bien plus de 35 heures par semaine en réalité.

 

Pourquoi est-il important d’en parler ?

La reconnaissance par les autres et par soi-même du travail effectué est essentielle pour l’estime de soi. Quand il n’est pas reconnu, l’individu peut se trouver confronté à des difficultés particulières :

  • sentiment d’inutilité
  • sentiment d’injustice
  • manque de signes de reconnaissance positifs, appelés « strokes positifs » en analyse transactionnelle, et absolument nécessaires à la vie humaine
  • désinvestissement, désengagement
  • découragement
  • perte de sens
  • surmenage, car les tâches concernées n’étant pas considérées comme un travail à part entière, on n’en tient pas compte pour gérer sainement sa fatigue

Comment le reconnaître ?

En ce qui concerne les tâches domestiques, qui concernent peu ou prou tout le monde, la reconnaissance par les autres membres de la maisonnée et par soi-même du travail effectué est essentielle. Cette reconnaissance n’est bien sûr pas financière, mais gagne à être visible : remercier en paroles celui ou celle qui a travaillé pour le bien-être de tous devrait être la norme. Quand on est cette personne, s’arrêter pour contempler son oeuvre, voire faire des photos avant-après quand on a du mal à être satisfait-e de son travail est aussi indispensable.

En ce qui concerne le travail professionnel invisible, la question est davantage d’ordre législatif. Les statuts de conjoint collaborateur et de co-exploitante sont aujourd’hui bien en place. Reste la question du travail ramené à la maison, pour les 230668-bac-correction-prof3-article-590x_enseignants notamment. Une redéfinition du temps de service prenant en compte, de manière réaliste, les temps de préparation et de correction – effectués essentiellement hors des établissements, et une rémunération des nombreuses réunions qui s’ajoutent au travail d’enseignement pur seraient un énorme pas en avant. En attendant cette hypothétique et de toute façon lointaine échéance, le professeur devrait instaurer pour lui-même des règles de travail à  la maison et s’y tenir : lieu consacré, horaires définis. Il gagnerait aussi à comptabiliser le temps de travail effectué en une semaine, pour se rendre compte de son investissement réel. Beaucoup se surprennent ainsi à faire des horaires très supérieurs à ceux qu’ils imaginent a priori.

Pour les cadres, la question qui se pose est plus celle de la prévention des risques psycho-sociaux, et notamment du burn-out. La limitation des horaires de connexion, et toutes les solutions préconisées dans ce but sont utiles. Il est de la responsabilité des entreprises de les mettre en oeuvre, dans la situation économique actuelle, car rares sont ceux qui osent dire « stop » face à la pression de leur hiérarchie. La santé et le bien-être des collaborateurs est un investissement qui génère de nombreuses retombées positives, notamment en termes d’engagement et de créativité.

En résumé …

  • Le travail invisible concerne une majorité de la population, et quasiment toutes les femmes.
  • Il impacte l’équilibre personnel quand il n’est pas reconnu.
  • Sa reconnaissance symbolique par les autres, voire financière, est un facteur essentiel d’estime de soi.
  • Apprendre à reconnaître et apprécier celui qu’on effectue soi-même est tout aussi utile, voire indispensable !

 

 

 

 

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