Cultivons notre empathie !

Si on en croit les discussions qu’on peut entendre ici ou là, l’empathie, c’est ce qu’on a en trop, et que les autres n’ont pas assez. Le mot s’est largement démocratisé, mais parfois, la vulgarisation a trahi la notion elle-même : alors que l’empathie est un facteur de compréhension et d’entente, le mot lui-même est devenu source de malentendus. Étrange paradoxe … Alors, qu’est-ce que l’empathie au juste ? Pourquoi n’en a-t-on jamais trop ? Et comment la développer ?

L’empathie, au cœur de notre intelligence émotionnelle

L’empathie, c’est notre capacité à comprendre ce que ressentent les autres, ce qui les préoccupe, en nous mettant à leur place. Elle s’appuie sur notre connaissance de l’humain, et sur des signaux non-verbaux comme les intonations de la voix, les gestes, les regards, les micro-expressions, les postures corporelles de l’autre. Et elle nous permet d’agir avec une authentique bienveillance.

Trop souvent, on la confond avec la compassion, qui consiste à souffrir avec l’autre, et avec l’hypersensibilité qui amène à souffrir de la souffrance de l’autre. On peut avoir de l’empathie sans être plongé constamment dans des montagnes russes émotionnelles au contact de son prochain.

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Contrairement aussi à ce qui est souvent véhiculé par certains, l’empathie n’a rien à voir avec l’intelligence « classique ». Des chercheurs de Harvard, qui ont inventé un outil complexe et très complet pour évaluer l’empathie, le PONS (Profile Of Non-verbal Sensitivity) ont montré qu’il n’y avait aucune corrélation entre empathie et QI.

L’empathie est en revanche un élément essentiel de l’intelligence émotionnelle de Goleman, ou encore de l’intelligence interpersonnelle de Gardner.

Pourquoi développer son empathie ?

Or, ces formes d’intelligence sont des facteurs de réussite dans sa vie affective, dans sa vie sociale, et dans sa vie professionnelle. Bien davantage que l’intelligence mesurée par le QI. Les scores au PONS sont corrélés avec les indicateurs de réussite scolaire et professionnelle. Pourquoi donc ?

D’abord, mieux comprendre les autres permet de mieux communiquer, de façon adaptée aux circonstances. Logiquement, cela permet d’être davantage apprécié, et donc de bénéficier en retour de la bienveillance de ses interlocuteurs, et de leur confiance.

Ensuite, lorsqu’on exerce son empathie, on se montre naturellement plus ouvert d’esprit, on écoute vraiment l’autre, et on s’enrichit de son point de vue. Cela permet de développer efficacement une démarche collaborative, de créer des synergies.

Comment stimuler cette faculté ?

Notre éducation et notre culture ont façonné notre appréhension des sentiments de l’autre. Certains ont développé tôt leur capacité d’empathie, alors que d’autres en ont été dissuadés. Bref : nous ne partons pas tous du même point ! Heureusement, on peut la cultiver et la faire croître à tout âge. Comment faire ?

Être attentif à ses propres émotions

On ne peut pas bien comprendre autrui si on ne se comprend pas bien soi-même ! Il est donc important de prendre du temps pour être à l’écoute de ses propres émotions, en distinguer les manifestations physiques et psychiques, pour les nommer, comprendre les circonstances de leur apparition, leurs causes. Avant même d’améliorer vos relations aux autres, cela vous permettra de mieux gérer vos émotions pour vous-mêmes.

N’oubliez pas que les émotions (dont les principales sont la peur, la colère, la tristesse et la joie) ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, que ce sont simplement des signaux qui vous alertent sur une situation en (in)adéquation avec vos besoins.

S’entraîner

Quand vous repérez bien vos émotions et la manière dont elles s’expriment, il est plus facile de les repérer chez vos interlocuteurs. En effet, les signaux liés aux émotions sont assez universels. Encore faut-il prendre le temps de s’entraîner à les repérer, pour que cela devienne une seconde nature.

Dans tous ces exercices, le plus important est de chercher à comprendre l’autre, et de refuser de le juger. Si un jugement (bien / mal, tort / raison, admirable / minable, ou que sais-je encore) arrive dans vos pensées, balayez-le d’un revers de main.

  • Vous pouvez observer des inconnus, sans les écouter, pour essayer de repérer les signaux non-verbaux de leurs émotions (postures, gestes, regards, micro-expressions) …
  • Soyez attentifs à ce que vivent les autres, et essayez de vous mettre à leur place : que ressentiriez-vous ? comment pensez-vous que vous réagiriez ? … et pourquoi peut-on réagir différemment ?
  • Niveau avancé : Durant une vingtaine de minutes environ, discutez avec un.e proche,
    • en guidant la conversation sur un sujet qui le touche,
    • sans parler de vous (à moins que l’autre vous y invite, mais sans vous attarder),
    • en lui posant des questions ouvertes,
    • en l’écoutant vraiment, c’est-à-dire en étant attentif également aux signaux non-verbaux
    • sans céder à la tentation de donner des conseils : si on vous en demande, renvoyez la balle : « Et toi, qu’est-ce que tu penses que tu devrais faire ? »

Comme toute compétence complexe, on met du temps à la maîtriser. Mettez-la en pratique, aussi souvent que possible, et vous en verrez petit à petit germer les fruits auprès de votre entourage et de vos collègues.

 

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