La bienveillance, ça ne s’improvise pas …

La bienveillance est à la mode, et on la convoque à toutes occasions. À la maison, au travail, à l’école, entre amis, même en politique en ces temps d’élection … Il y aurait tout lieu de s’en réjouir, si ce mot était bien compris de tous. Ce dont on se met rapidement à douter quand on écoute bien. Si on se permet de contredire, de ne pas être d’accord, bref d’entrer dans un débat un peu musclé, on manquerait pour certains de bienveillance. Si on ne laisse pas faire n’importe quoi n’importe comment, si on ne laisse pas nos propres valeurs et nos propres besoins être piétinés, on manquerait de bienveillance … Et si on se permet d’être exigeant, on ne serait pas bienveillant ? Et chacun-e de se trouver plus bienveillant-e que l’autre et de donner des leçons de bienveillance …

La bienveillance, c’est quoi exactement ?

La bienveillance étant au cœur de la posture du coach, il faut bien se poser la question. Convoquons d’abord l’étymologie. Bienveillant, bienveillance viennent du latin bene volens : qui veut le bien. Est bienveillant celui qui veut le bien d’autrui. Toute la question est de savoir comment agir, comment parler, comment se comporter quand on veut le bien d’autrui. Si on explore le champ lexical de la bienveillance, on trouve des pistes de réponse : la sympathie, la bonté, la charité, la bienfaisance, la complaisance … Et c’est sans doute là que l’utilisation populaire du terme « bienveillance » a dérapé. Car à vouloir le bien d’autrui, comme en exigeant de lui qu’il fasse preuve de bienveillance à notre égard, on peut en arriver à lui aliéner sa liberté.

Vouloir le bien d’autrui, mais quel bien ?

Combien ont souffert de décisions parentales prises pour leur bien ? « C’est pour ton bien, tu nous remercieras plus tard ! » Quand les parents sont réellement à l’écoute de leur enfant, ça peut bien se terminer. Mais trop souvent, ils voient le bien de leurs enfants à travers leur propre regard, leurs propres valeurs, leurs propres besoins. Et ça se termine mal, à moyen, court ou long terme. Pour autant, les parents devraient-ils céder à toutes les envies de leurs enfants au nom de la bienveillance ? Être complaisant, est-ce être bienveillant ?

On le voit, être bienveillant est loin d’être simple !

Car finalement, le bien d’autrui, comment le reconnaître ? C’est bien là toute la difficulté. Si on reconnaît autrui dans son individualité, si on reconnaît son caractère unique, il faut aussi bien admettre que ce qui est bon pour lui n’est pas nécessairement ce qui est bon pour nous et que se mettre à sa place n’est pas suffisant pour être véritablement bienveillant … Pour autant, être bienveillant n’est pas être béni oui-oui, car parfois, sans recul, on peut agir contre soi-même.

Retrouver-le-principe-de-Bienveillance

Alors, qu’est-ce qu’on fait si on veut être bienveillant ?

  • On questionne, on écoute, et on accepte de ne pas recevoir de réponse : l’important, c’est la réponse que l’interlocuteur se donne à lui-même.
  • On pose des questions ouvertes, des questions qui ouvrent le champ des possibles.
  • On pose des questions qui permettent à la personne qu’on veut aider, accompagner, de mieux se connaître, pour mieux se respecter et mieux s’aimer.
  • On pose des questions qui respectent l’écologie personnelle de la personne qu’on accompagne : être déstabilisé permet d’avancer … dans une certaine mesure seulement. On avance pas après pas : si on vous décolle les deux jambes du sol simultanément, vous tomberez inévitablement, et vous risquez de vous faire vraiment mal.
  • On ne décide pas pour l’autre, on l’aide à prendre la meilleure décision pour lui-même, en fonction de ses critères, de ses valeurs, de ses besoins, de ses limites ; à l’occasion, on peut avec tact lui rappeler ses objectifs, et vérifier qu’il les considère toujours comme valides.
  • On croit en l’autre pour qu’il croie en lui. On le pousse à se dépasser , à aller au bout de ses possibilités et de ses envies profondes.
  • On pose un regard positif mais juste (ou juste mais positif) sur lui. Le mensonge n’est pas bienveillant, et l’exigence peut parfaitement s’allier à la bienveillance. Ce sont même deux complémentaires.

 

Être bienveillant, c’est donc loin d’être facile au quotidien : c’est une question de posture et de mesure. Et comme personne n’est parfait, il arrive qu’on dérape. Il faut alors être vigilant, mais aussi bienveillant avec soi-même. Car si le contraire de bienveillant est le mot malveillant – un mot lourd de sens – on ne vit heureusement pas dans un monde binaire qui vous ferait glisser immédiatement de l’un à l’autre.

Et vous, comment pratiquez-vous la bienveillance ?

 

 

 

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